[…] Tout simplement parce qu’il s’agit d’un joli dauphin venant se réchauffer près de la côte. Ses mouvements d’une belle douceur mêlés aux couleurs rouges, roses, oranges et jaunes du couché du soleil nous invite à nous arrêter et à l’observer jusqu’à le perdre de vue. Nous resterons jusqu’à la nuit noire afin de profiter des dernières lueurs du jour qui fût un moment de romantisme absolu. Ce sont sur ces quelques notes que nous terminerons notre passage à Adélaïde, avant une nouvelle aventure, qui nous videra de notre énergie restante.

…ALICE SPRING…

Nous voici en plein vol, surplombant une zone infinie de palette pastel, ocres, marrons, rouges, oranges parfois un peu jaunes. Synonyme du désert australien, la couleur du sol est époustouflante. Une no man land à perte de vue avec des reliefs, de petits cours d’eau, quelques points verts par endroit. Après plusieurs heures de vol, nous arrivons à l’aéroport d’Alice Springs. Un panneau nous rappelle que toute nourriture venant de l’extérieur doit finir à la poubelle, mmm, mais où sommes-nous… Nous qui trouvions la chaleur écrasante à Adélaïde, ce n’était qu’un entrainement… Durant notre trajet dans la navette pour regagner la ville, nous ne croiserons pas grand monde sur la route. Par chance, on nous déposera devant notre auberge de jeunesse, le YHA, pour lequel nous avons réservé cette nuit, puis notre dernière. Nous sommes en plein milieu de l’Outback australien, à mi-chemin entre le nord et le sud. Nous croisons quelques backpackers venus se perdre ici, pour du travail ou pour se confronter au rythme de vie des Indigènes. Car, ici, nous croiserons des Aborigènes, mais, au plus grand malheur du monde, nous ne pourrons pas les accoster. J’avais des questions pourtant, plein. Mais, elles resteront sans réponses. La plupart sans emploi, beaucoup se retrouvent sous l’emprise de drogues et alcools, certains se bagarrent. Il faut dire que rien que la chaleur peut rendre fou par ici… Nous comprendrons que leur situation n’est pas des plus évidentes. Cela ne date malheureusement pas d’hier. Rejetés, trahis, évincés ou même persécutés par le peuple dit « blanc », voilà comment certains se sentent. Vérité? semi-vérité? Je ne suis pas historienne ni sociologue, encore moins psychologue, mais voir cela fait mal. En plus de ce climat un peu tendu et afin de donner un peu plus dans l’étrange,  les gens se barricadent à l’intérieur, où la clim fonctionne à fond, où le plus petit des changements ne passe pas inaperçu. Nous sommes au fin fond du bush, où le moindre touriste se remarque, où tu ne viens pas par hasard. Un peu mal-à-l’aise, si nous sommes venues ici, ce n’est pas pour nous perdre dans cette ville aux attraits bien cachés, c’est pour quelque chose de précis. Une chose qui me tenait à cœur depuis longtemps…

…ULURU…

Cette étape de l’aventure, je l’attendais. Avec autant d’entrain que si j’allais enfin découvrir la maison de Santa. Je savais que je ne rentrerai pas en France sans l’avoir visité. Cette destination était immanquable, une obligation, une évidence.

6h du matin, même heure, mais cette fois-ci, pas même port. Nous voici prêtes à embarquer pour la 2nd fois de notre voyage à bord d’un mini bus. Une dizaine de personnes à bord, dont un guide français. Ce sera sous un soleil de feu que nous circulerons, sur des routes désertes, avec une playlist aussi riche que variée. L’ambiance sera plus que bonne, parmi les passagers, deux frères jumeaux parisiens, deux jeunes iraniennes qui poursuivaient leur année sabbatique autorisée par leur gouvernement après leur diplôme, 2 amis australiens, 1 couple italien et une fille des Pays-bas. Nous confirmerons notre choix d’avoir participé à un tour organisé plutôt que de se rendre ici par nos propres moyens. Tout est tellement grand, tellement désert que cela peut vite devenir dangereux. Après plusieurs heures de route, nous arrivons à notre 1ere destination. Il est environ 11 heures du matin, le soleil commence à être agressif, nous n’avons pas mangé, mais nous embarquons pour une balade d’environ 1h30. Casquette, chapeau et crème solaire ne sont pas une option, ainsi qu’un filet contre les mouches. Et oui, les mouches, je n’y croyais pas mais, quel fléau… Dès que le soleil apparaît, elles s’immiscent partout et disparaissent comme par magie avec la nuit. Une chose est cependant obligatoire, 2 litres d’eau par personne. Les rangers peuvent nous coller des amendes et nous causer de sérieux problèmes. On nous explique que le bush peut vite devenir dangereux, le soleil, les animaux, les heures sans la moindre présence humaine, cela peut vite devenir un piège, prendre cela à la légère serait une erreur. Cela ne nous rassure pas des masses, mais nous nous sentons plutôt en sécurité.

Nous arrivons enfin à King’s Canyon. Quelle beauté! Tout est tellement sec ici que j’ai même peur de bouger le moindre caillou de peur de réveiller un petit serpent ou de déclencher un feu. Nous apercevrons un cours d’eau au milieu du canyon, ce qui reste assez rare par ici, mais la pluie venait de tomber deux jours avant notre arrivée. Après un petit malaise d’une de nos camarades, nous prendrons quelques photos, sans trop nous attarder. Pique nique avalé, nous conduirons encore plusieurs heures pour avant d’arriver à un petit désert de sable. Puis, nous nous dirigerons vers notre lieu de camping. Non seulement nous sommes en autonomie alimentaire, mais cette nuit, nous allons dormir à la belle étoile, dans un swag, autour d’un feu de camp. Dormir dehors apporte une sensation assez étrange, une communion particulière avec la nature, avec soi-même. Mais, vivre cela avec de parfaits inconnus est encore plus particulier. La nuit sera chargée d’étoiles, nous serons éclairés par la pleine lune, je serai réveillée, non pas par les ronflements de certains, mais par un petit groupe de vaches qui viendra traverser notre petit cercle de dormeurs, en contournant le feu de camps encore fumant. Je comprendrai l’utilité de dormir dans ce gros et lourd sac de couchage, car ici autant les journées sont chaudes, autant, les nuits peuvent être fraîches. Après quelques heures de repos, nous déferons le camp sous un lever de soleil absolument magique… Direction les douches où nous partagerons les cabines avec de magnifiques, nombreuses et douces araignées.

En avant vers Les Olgas! Un tas de dômes de cailloux donnant l’impression d’être tombé du ciel au compte-gouttes est érigé devant nous. En avant pour une balade au travers. L’endroit est, encore une fois, très atypique. À la fin de l’excursion, notre guide se montrait tout fier de ne pas avoir eu recours à la trousse de secours. Aussitôt dit, aussitôt fait, me voici parterre, le genou en sang. Après avoir confirmé le caractère bénin de la situation, voici ma partenaire de voyage sous des éclats de rire et moi aussi! Après un joli bandage artisanal, moi voici, je dois bien l’avouer, fière d’arborer ma blessure de guerre. Voici un souvenir qui me restera, encré jusque dans la peau…

Après cette merveilleuse expérience, nous voici enfin en route vers la place tant attendue par tout le monde. Cette place chargée de symboles religieux, de , Uluru. Endroit sacré des Aborigènes, inselberg de par sa forme, cet immense caillou rouge, reconnaissable entre mille, impose le calme, le respect. Pour l’heure, nous entendrons quelques histoires sur le passé du site et sur les croyances des Aborigènes. Devenue attraction touristique, nous aurons de la chance de tomber un jour hors affluence. Nous prendrons du recul pour admirer le coucher du soleil. Et c’est à ce moment qu’ils se montreront. Des dizaines de bus arrivent de nulle part, remplis de touristes, certains avec des chaises, des tables et du champagne. Et là, mon cœur s’est fendu. Non pas dû à ces scènes d’un ridicule méprisant, excusez mon point de vue, mais quand j’ai vu des familles Aborigènes arrivées pour vendre leurs objets faits mains, afin de récolter un peu d’argent pour vivre. Certains guides nous dissuaderont de leur acheter quoi que ce soit car le peu d’argent qu’ils récolteront ne leur servira pas à de bonnes fins. Impuissante et dépassée, voilà comment je me sentirai. Ce sera après cette expérience que je me rendrai compte du sort de ce peuple, qui tente, encore aujourd’hui, de vivre, ou devrais-je dire survivre, sur leur terre natale, tout en faisant face à ce qui les entoure… Le coucher de soleil manquera d’exception, mais le jeu de lumières sur cet édifice sera à couper le souffle. Une fois débarrassés des mouches, nous regagnerons le campement. Deuxième et dernière nuit à la belle étoile, mais cette fois-ci, nous dormirons dans une zone sécurisée. Nous aurons les douches et sanitaires à disposition, nous dînerons à table et nous pourrons veiller sans trop faire de folies grâce à l’électricité. La nuit sera plus reposante, le camp sera plus vite plié et nous partirons dans un élan de motivation générale car aujourd’hui, nous retournons à Uluru, connu aussi sous le nom Ayer’s Rock. Nous avons quartier libre, suffisamment d’eau et un petit encas pour pouvoir nous balader autour du lieu saint. Ces formes sont impressionnantes, lisses, creuses. Sa taille est imposante, un gros bloc posé là, sorti de nulle part. Nous avons dû mettre deux bonnes heures pour en faire le tour. L’ombre se fait luxe, l’air absent, la faune plus que discrète, on se sent au fin fond du monde. Nous croiserons des panneaux rappelant qu’il est interdit de sortir du sentier ou même de l’escalader. Car oui, certaines personnes osent… Après avoir bien profité de tout ce que cet endroit pouvait nous offrir, ce sera dans un calme solennel que nous reprendrons la route direction Alice Springs, nostalgiques. Nous déposerons quelques-uns d’entre nous à l’aéroport puis nous ferons une halte à 3/4 chemin pour voir des chameaux. Aussi curieux que cela puisse paraître, l’Australie est l’endroit qui compte le plus de chameaux au monde! Emmenés par les Européens au 19e siècle pour découvrir l’intérieur du pays, ils ont été relâchés dans la nature après l’arrivée du train. De nouveau sur la route, nous serons témoins d’une mini tornade sur le bord de la route. Une dernière petite photo de groupe avant l’arrivée, puis nous nous retrouverons le soir pour boire un verre afin de clôturer cette magnifique parenthèse qui n’aura durée que trois jours et deux nuits, mais bien plus dans nos cœurs. Se fut une étape éprouvante physiquement, certes, mais d’une richesse sans mesures. Ce genre d’expérience ne peut que faire du bien. Un petit décrassage de notre quotidien. Une remise en question sur notre rythme de vie, sur notre mode de vie, sur nos comportements d’inquisiteurs et sur ce qui nous entoure. Bref, le retour dans cette ville fût une étape obligatoire afin de prendre un vol pour rentrer à la maison, à Brisbane.

…POUR LA VIE…

Cette dernière étape signifiait aussi la fin du périple. Nous n’avions que quelques heures de vols pour nous remettre de nos émotions, pour revenir à la normale. Un petit moment de honte n’a jamais tué personne et il fût encore une fois pour nous. C’est à Adélaïde que nous le vivrons en entendant nos noms dans les haut-parleurs de l’aéroport. A deux doigts de louper l’avion part ma faute, il ne fût pas facile de comprendre ce qu’il se passait. Pour ma défense et au désespoir de mon acolyte, l’accent australien est des fois dur à comprendre…

Ce voyage nous aura bien fatigué mais nous aura tellement apporté. C’est exactement le genre d’expérience qu’il faut s’autoriser une fois dans sa vie. Un petit décrassage de notre quotidien. Une remise en question plus que nécessaire. Et puis, nous aurons tellement ri. Nous avons découvert un bout de ce pays tellement riche, tellement magnifique. Alors, certes, nous avons dû parcourir de sacrées distances pour observer le moindre changement, mais, je pense pouvoir parler pour nous deux, et ne regrettons absolument rien. Le refaire? Nous ne changerions pas grand chose. Je suis ravie d’en avoir vu davantage. Tout cela ne fait que me confirmer que l’Australie est un pays absolument incroyable. Malgré le manque de temps et de moyen, nous avons pu nous confronter à des modes de vie différents, des paysages divers et variés et une culture d’une richesse encore trop peu révélée, tout comme la personne qui s’est tenue à mes côtés, une belle personne.

Et parce que les voyages ont leurs doses de magie, j’espère que celui-ci est encré en elle autant qu’il l’est en moi. Qu’il lui rappellera toutes les difficultés que nous avons traversées, qu’il nous a rendu plus fortes. Et surtout, j’espère qu’elle se souviendra toute sa vie que quand elle veut, elle peut. Ce n’est pas dans une heure, ce n’est pas demain, c’est tout simplement maintenant…

A toi la vie, à toi ta vie, et merci d’être toi…

 

Mary Jane.

 


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