Plein air, grands espaces, nature brute, respiration profonde, loin du brouhaha de la foule tout en restant à proximité de quelques âmes humaines, voilà ce dont j’avais besoin en cette fin de printemps. Pensant bien ne pas être la seule à ressentir le besoin de s’isoler du reste du monde pour faire le point, j’étais confiante dans l’existence d’un tel endroit. Et aussi incroyable que cela paraisse, je savais exactement où aller. Allez, viens, j’t’emmène au calme dans une auberge…

…PRÉFACE…

De retour d’un beau et grand voyage qui changea considérablement la vision de ma propre vie, je me devais de mettre de l’ordre dans mes idées. Une petite période de transition s’imposait avant de retourner dans ma bulle. Je ressentais un énorme besoin de calme, silence et solitude. Vous l’imaginez cet endroit? Celui où vous pouvez respirer à plein poumons, refaire le plein d’énergie, prendre le temps pour réfléchir à tout, à rien. Une envie de déconnexion, ou justement de reconnexion avec moi-même, voilà ce qui me décida de passer ce coup de fil.

« – J’ai un projet en tête mais j’ai les idées qui s’emmêlent, j’étouffe, j’ai besoin d’air !

-On est passé par là, notre porte est ouverte, viens quand tu veux… »

Comme vous le savez, les balades avec du sens et du sentiment sont celles que je préfère. Alors, quoi de mieux que de me rendre dans un endroit encore inconnu à mes yeux sans trop m’éloigner de mes racines? Me voici en route pour aller visiter la belle famille dans le 05. Alors, pour ceux qui auraient la mémoire qui flanche, cet endroit rêvé, imaginé et tant attendu se trouvait au milieu des montagnes, dans les Hautes-Alpes.

LA DÉCOUVERTE

Le sourire jusqu’aux oreilles, j’étais impatiente. À quoi dois-je m’attendre ? Vais-je faire le repas d’un ours? Vais-je avoir peur de me retrouver seule au monde ? Okay, j’ai lu Heidi lorsque j’étais enfant, mais ce n’était que des histoires ! Oh mince, je n’ai pas pris les pneus neiges, non mais quand même, je ne pars pas au Pôle nord, si ? En tout cas, les valises étaient pleines de « Au cas où » car même si le printemps est là, les 1 000 mètres d’Altitude où se tient cette cachette risquent de me faire un peu froid dans le dos.

Je profite des nombreux kilomètres pour me mettre dans l’ambiance, prête à entamer ma petite retraite personnelle. À coté de cela, je suis impatiente de découvrir cet endroit, tant recommandé par ceux l’ayant déjà visité, ce petit bout de terre où évolue ce petit bout de famille depuis plusieurs années maintenant.

Le Vaucluse traversé, les degrés défilent au fur-et-à-mesure des kilomètres engloutis. Le paysage change mais, je ressens encore un peu ce doux parfum de Provence. Après tout, je me trouve en PACA. J’aperçois enfin sur les panneaux le nom de la préfecture du département, Gap. La fin du voyage approche en même temps qu’approchent ces montagnes recouvertes d’un joli manteau blanc. Un peu bourrée d’aprioris, je dois bien l’avouer, je m’attends à me retrouver bientôt bloquée par des chèvres, des tracteurs, recouverte de neige et sans réseau. Mais, au fond de moi, c’est un peu ce que je cherche je crois. Je ne verrai rien de la ville, du moins pas aujourd’hui. Je vais finir les kilomètres qui me séparent de ma destination finale la bouche bée. Des virages, du brouillard, des vaches, des fermes, des piquets orange délimitant le bord de la chaussée par temps de neige. Et un parfum. Celui de la montagne. Celui de ce monde rural à la fois respectueux, craint et inspirant. La route est un peu sinueuse, mais l’espace y est large. Pas de doutes, je suis bien dans les Alpes, côté français, s’il vous plaît !

Je pénètre dans un sanctuaire, celui de deux vallées qui concilient le respect et le développement touristique, le Champsaur-Valgaudemar. Quelques voitures traversent en même temps de petits villages afin de me rassurer, avant d’atteindre une portion de route m’offrant une vue qui m’obligea à m’arrêter pour admiration. Deux sommets entièrement enneigés faisant office de gardiens m’ouvrent les portes du Parc National des Écrins. Le tableau qui s’offre à moi me fait oublier le temps, la perspective est enivrante. L’air frais me ramène sur terre, il est temps de repartir. Je quitte la route dite « principale » et me voici longeant un ruisseau qui se fait la vie belle, entouré de forêt, de pics blancs et de sculptures en bois. Ce paysage ne peut que me ravir. La nuit tombant me transporte dans un autre monde, pas loin de celui de mes souvenirs canadiens…

Encore quelques virages, un pont, des pins de chaque côté, puis, un panneau : Les Borels.

Entre quelques maisons, je la vois, elle attire mes yeux de part son orientation, ses couleurs et son dynamisme silencieux. L’Auberge des Écrins me souhaite la bienvenue…

…L’AUBERGE...

Ça y est, me voici enfin arrivée. Depuis le temps que mon imaginaire rêvait cet endroit, j’étais soulagée et ravie de pouvoir le confronter avec la réalité.

Période creuse oblige, la fréquentation est dosée, ce qui va me permettre de prendre possession des lieux à mon rythme. Mon petit bout de famille ayant pris quelques jours de repos entre deux saisons, me voici pénétrant dans leur monde, prudente, délicate, silencieuse et discrète, chez eux, sans eux. Je prends mes marques face à cette nature encore un peu endormie, loin de la pollution du quotidien. En plein cœur du village, ce cœur coloré redonne un peu de vie à cette place emmitouflée dans la vallée de Champoléon. Repère entre autres de randonneurs, de trailers, de skieurs, vous l’aurez compris, le sport version pleine nature est mis en valeur ici et se trouve au centre des activités. Et en poussant la porte de cette grande maison, je comprends qu’il fait partie de la vie quotidienne de ses occupants. Mais, il se veut aussi et surtout, repère de bikers, notamment par les amateurs de l’Alps Epic events, grand rassemblement annuel de fin juin.

Je me trouve donc à l’endroit idéal pour terminer mon hibernation intérieure tout en gardant une ouverture sur ce qui s’offre extérieurement à moi.

Un savant mélange de proximité, de « sens-toi comme à la maison », avec un service de demi-pension mettant en avant les produits locaux et un service de guide-découverte sur mesure vient m’épauler dans ma quête personnelle. Les rires, les odeurs, le son du clocher de l’église, la musique de la nature environnante, cet air frais sur les joues et la vue, quelle vue… Installée dehors, face à cette beauté, face à cet espace qui, petit-à-petit se réveille, s’étire et se sort de ce long hiver, la prise de conscience du temps qui passe se fait sentir. Rien de tel pour revenir à l’essentiel. Des passants ravis de faire une pause sur leur trajet, des habitués venant boire le café, ici, on se sent comme chez nous.

Une belle journée, fraîche mais ensoleillée, rien de tel pour se laisser tenter par une bonne et belle balade à pied. Me voici longeant ce petit ruisseau, doublée par des cyclistes, saluée par des randonneurs, avertie par des klaxons, accompagnée par des chiens et toujours poursuivie par cette envie de dévorer ce que j’ai devant les yeux. Les rayons du soleil se jouent de moi et m’offrent des panoramas différents au fur et à mesure de mes pas. Alors, je m’arrête. Je contemple. J’observe. J’écoute. Et je commence à comprendre que le silence humain me permet d’entendre le langage de Mère nature. Je ressens tout ce qui m’entoure, le vent frais sur mes joues, les oiseaux qui chantent, la neige qui fond. Et surtout, au fond là-bas, je le vois ce lourd et épais nuage qui m’annonce la fin de ma petite excursion…

Loin de l’image de la chaumière en pierres au milieu du champ, inaccessible en voiture, sans électricité et avec un filet de fumée émanant de la cheminée, cette auberge apporte tout le confort nécessaire pour un très beau séjour, même plus.

…LES ENVIRONS…

Après un bref passage à l’office du tourisme, je me retrouve avec un petit tas de papiers dans les bras. Des marches, des randonnées, en cette saison, les évènements sont limités mais, malgré tout, bien présents. La programmation que je préfère ? Les marchés !

Premier village de proximité, Pont-du-Fossé. Quelques commerces, un cours d’eau, des habitués et un joli petit marché sur la place du village. Aidée par les rayons du soleil, mon imagination n’a aucun mal à dessiner cet endroit grouillant de monde en pleine saison hivernale ou estivale. Du fromage, du pain, du miel, des fruits et légumes sont présents sur tous les stands. Mais, les stars des étaux, ce sont les tartes à la myrtille, les oreilles d’âne, les ravioles et les tourtons, sucrés, salés. Ah, cela pique votre curiosité ? Tant mieux parce que tout est généreux et délicieux… Je retrouverai les mêmes produits des mêmes producteurs à Ancelle où je me trouverai un peu déboussolée au milieu du brouillard d’altitude ce qui donnera au paysage un décor de carte postale. Je continuerai ma quête des marchés en allant à Saint-Bonnet-en-Champsaur, capitale administrative de la vallée. Cette commune est aussi un des rares bourgs médiévaux des Alpes françaises. Sur le trajet, je ferai un petit crochet par Chabottes qui, peuplée par plusieurs hameaux, voit sa population tourner aux alentours de 800 hab/an pour quadrupler en haute saison. Tout en poursuivant ma route, je longerai le Drac encore un peu plus loin pour arriver à Saint-Firmin. En direction de Grenoble, ce petit village permet une jolie vue sur la vallée du Valgaudemar. De retour à Champoléon afin de retrouver ma petite auberge, je remarquerai un panneau m’indiquant que je me situe actuellement sur la route de Napoléon. Vous ne connaissez pas ? Moi non plus…

À quelques kilomètres de l’Auberge, je monterai à 1 400 mètres en bravant les nombreux virages et le froid qui me permettront de prendre un vrai bol d’air frais à Orcières, station été/hiver de la vallée. La vie tourne encore au ralentit, attendant sagement le top départ de la saison estivale mais, encore une fois, la vue d’en-haut est à couper le souffle.

Les terres sont vastes, mais les lieux de rencontres sont nombreux et les gens sont soudés dans ces montagnes…

…LA VILLE DANS LA NATURE…

Les petits marchés de campagnes n’ont souvent rien à envier aux grands. Mais, pour assouvir ma curiosité, me voici en route pour Gap. De taille humaine, cette ville n’égale pas la beauté de la nature qui l’entoure, mais de ce que j’ai pu voir, sait se montrer attrayante notamment par le nombre de manifestations tournées vers le plein air.

Son marché qui a lieu tous les samedis, attire une fréquentation aussi bien locale que touristique. Ce qui donne de quoi engorger les rues piétonnes du centre historique, au plaisir des commerçants. Tous les secrets de cette montagne, ou plus exactement de ces montagnes, s’y trouvent. Alors, après avoir eu un aperçut de ce que je pouvais mettre dans mon assiette, je décidais qu’il me fallait savoir quoi mettre dans mon verre ! Rien de tel qu’une petite dégustation pour familiariser mon palais à ce qu’il se fait de mieux ici. Les vignes étant rares, je trouverai un vin rouge dont le cépage est le Mollard. Ouverture d’esprit oblige, même avec ce nom-là, j’ose porter ces quelques gouttes coupées avec du merlot, jusqu’à ma bouche. Pas de jeu de séduction entre nous, la liqueur de Génépi remportera haut la main le prix du « Qu’est-ce que je ramène à la famille ». Après cette petite balade citadine dont l’office du tourisme vous la propose sous forme de jeu de pistes, je décide de reprendre de la hauteur et de pousser les portes du Domaine de Charance. Point de vue inégalable sur la vallée gapançaise et sur cette partie des Alpes, je respire à plein poumons, me voici conquise. Finalement, je me suis rapidement adaptée à cette vie dans les montagnes, car l’idée de retourner dans mon antre est loin de me déplaire…

…UN AVANT GOÛT DE REVIENS-Y…

Je ne me lasserais pas de ces matins revigorants où l’ouverture de mes volets m’impatientait. Pluie, soleil, brume et même neige ! Peu importe la météo, le cadre me donnait tous les jours le sourire. Même les orages quotidiens avaient quelque chose de magique, pas comme les cuillères de jus d’argousier que je m’obligeais !

Je ne me lasserais pas de ces soirées précoces où les rayons du soleil laissaient place à cette nuit sombre et épaisse qui me donnait une raison suffisante pour l’aborder avec plusieurs cuillères de glace au génépis.

Je me sentais au bon endroit, au bon moment, entourée de chaleur et de calme, exactement ce que j’étais venue chercher, exactement ce qu’il me fallait, exactement ce dont j’avais besoin.

Pas utile de rajouter des mots, je vous laisse à votre imagination.

L’Auberge des Écrins est quant à elle un projet audacieux et osé, loin de tout repos ,mais tellement profitable à quiconque veut s’aventurer hors des sentiers battus. Le résultat est sans précédent, ne venant que sublimer cette vallée encore préservée d’un tourisme de masse hors période saisonnière et riche d’une population généreuse et dont l’ouverture d’esprit m’a agréablement séduite.

Merci, grâce à votre hospitalité, mon projet a réellement pris son envol et découvrir votre monde m’a permise de comprendre pourquoi vous restez !

Une hâte, y revenir.

 

Mary Jane.


3 commentaires

Maguy mag · 16 novembre 2018 à 9 h 41 min

Belle balade…

    Martine · 16 novembre 2018 à 21 h 56 min

    L’air de la montagne !

zaza · 20 novembre 2018 à 23 h 41 min

Ça donne envie, mais faudra attendre le printemps, car le froid, très peu pour moi

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