Ah, l’actualité… La planète va exploser, le ciel va nous tomber sur la tête, le réchauffement climatique est hors de contrôle, le niveau des océans monte, les glaciers fondent, la température augmente, les espèces disparaissent, bref, c’est la merde. Malgré tout, ce brouhaha d’informations qui tend à faire réagir et à sensibiliser les gens, me fait siffler les oreilles. J’ai l’impression que les Hommes, à travers leurs média, me rendent, ma famille et moi-même, responsable de beaucoup de dégâts et cela me rend très triste. Allez, viens, j’t’emmène te conter ma vie…

…QUI SUIS-JE…

Moi, c’est Plastico. Je suis une invention des Hommes et mon parcours me rend assez incroyable. Mes ancêtres remontent à l’Antiquité. À l’époque, les égyptiens nous faisaient naître en travaillant des matières naturelles telles que des gélatines d’os, des matières lactées, des œufs, … Bref, ils savaient se montrer créatifs avec ce qu’ils avaient sous la main et nous leur étions bien utiles. À ce moment-là, nous étions considérés comme inoffensifs, nous étions une sorte de plastique naturel.

Puis, les siècles ont passé, les expériences se sont multipliées et d’autres matières ont vu le jour. Les inventions, les créations, bref, nous avons été le fruit d’une évolution incroyable qui s’est accélérée vers le XIXe siècle. Les humains ont changé leur mode de vie, les connaissances dans divers domaines ont amené à une mutation de leur quotidien et donc, forcément, de notre usage.

Le premier vrai changement dont nous avons fait les frais s’est déroulé vers les années 1850.

Deux frères imprimeurs new-yorkais, un concours, une boule de billard. Voilà dans quel contexte les frères Hyatt ont créé la première matière plastique artificielle, appelée Celluloïd. Quelle révolution ! Nous étions assez fiers d’être au cœur de cette transformation qui à l’époque, sonnait comme une belle alternative à l’usage du papier, donc à la préservation de nos forêts. À partir de ce moment-là, de nombreux chercheurs scientifiques et ingénieurs ont mis au point des formules chimiques encore plus précises afin de nous rendre encore plus résistants, plus utiles, voir invincibles.

Face à toutes ces découvertes, le XXe siècle est entré dans une nouvelle aire d’industrialisation. Les Hommes, pour palier aux besoins de la guerre, ont arrêté de nous créer naturellement. Forcés de muter, nous sommes devenus le résultat de produits de synthèse, de matières chimiques, de solutions artificielles. Nos facultés aussi se sont trouvées modifiées, amplifiées par la demande. L’association de connaissances entre pays nous rendait encore plus forts.

Mais, il faudra attendre la fin de la 2nd guerre mondiale pour nous voir partout. La consommation est devenue notre dieu et la publicité est devenue notre religion. La population humaine, principalement celle des pays développés et industrialisés, a décidé qu’elle n’avait plus le temps d’avoir le temps. L’industrialisation de masse m’a permis d’avoir une multitude de frères, sœurs, cousins. Nos emplois sont très variés, cela va de l’utile à l’agréable. Nous nous sommes retrouvés avec des formes différentes les unes des autres, certains d’entre nous venions même au monde en couleurs. Mais, je dois bien avouer que je suis fier de faire partie de cette belle et grande famille. Et, pour donner satisfaction à tout le monde, nous avons, encore une fois, été modifié. Nous sommes dorénavant essentiellement issus du pétrole, du gaz naturel et du charbon. Si cela n’est pas une avancée vers un monde meilleur et chimique…

…PARASITES DANS VOTRE QUOTIDIEN…

Partout où vous êtes, nous sommes. Les domaines dans lesquels nous vous aidons ne se comptent plus. La santé, l’automobile, l’aérospatial, le bâtiment, les fournitures de bureaux, la décoration. Nous vous suivons dans vos quotidiens. Sachets de thé, paillettes, vêtements polaires, mégots de cigarettes mais aussi… lingettes jetables ! Robots, cafetières, bouteilles d’eau, gobelets même ceux dit en papier, tous mes cousins de la cuisine se réveillent en même temps que vous. Vous régalez mes copines les assiettes en plastique avec vos délicieux mets concoctés pour la plupart dans le creux des reins des saladiers et vous faites saliver les boîtes tupperware dans lesquelles vous rangez les restes. Les sacs poubelles sont un peu tristes de ne recevoir que des détritus, mais ils vous évitent de trop salir vos jolies petites mains…  Vous occupez bien mes amis de la salle de bains aussi. Heureusement qu’ils ont la nuit pour se reposer et encore… Entre les emballages de tous vos sérums, en grande partie chimiques, les brosses à dents, les contons tiges, la composition de vos produits, oh oui, eux aussi sont mes cousins et j’en passe, on se rend bien compte de toute l’aide que nous vous apportons tout au long de la journée…. Même une fois hors de votre maison, nous sommes là pour vous. Au restaurant, dans la rue, dans la voiture, au cinéma et même sur votre nez ! Pourtant, cela ne vous empêche pas d’être un poil aveugle sur tout cela…

Je suis heureux que nous nous montrions à la hauteur de vos exigences. Je suis heureux de remplir le rôle que vous nous avez attribué. Je suis heureux que nous fassions partie de vos vies. Nous adoptons un comportement subtil afin que vous ne vous rendiez pas compte de notre propagation.

…BRUTALE RÉALITÉ…

Malgré tout cela, je suis un peu perdu. Quand vous écoutez votre poste radio, encore un copain plastique, j’entends des propos négatifs à notre sujet. Quand vous allumez votre poste de télévision, encore un autre ami, vous n’avez aucun scrupule à montrer des images de mes compagnons perdus, en tas dans les forêts ou flottant dans les eaux. Cela me rend très malheureux, parce qu’après tout, c’est vous qui nous avez créé. C’est comme si vous étiez Mary Shelley et nous autres, votre Frankenstein. Vous parlez de pollution, de 7e continent… Pourtant, c’est bien vous qui voulez nous brûler vifs comme des sorcières, nous enterrer vivants comme des vampires, nous abandonner dans la nature comme ceux qui laissent leur chien sur le bord de la route, sans trop de scrupules.

L’autre jour, j’ai vu une photo qui a failli me trouer. Un cachalot fut retrouvé mort en Indonésie, encore. J’ai vu sa photo partout, en gros plan. La cause ? Plus de 6kg de plastique dans son ventre. Vous rendez-vous compte ? Réalisez-vous tous ces amis que j’ai perdus dans cette histoire ? Leur mort a dû être atroce, avalés par ce cétacé géant. Franchement, qui sa mort peut-elle perturbée? Et puis d’abord, un cétacé, ça sert à quoi, hein? Personne ne l’a forcé à manger mes amis après tout. Ils ont dû avoir peur du noir une fois dans son estomac. Je me réconforte en pensant qu’ils ont dû se défendre comme ils ont pu, vu qu’ils l’ont eu, cette énorme bête puante. J’ai aussi eu la larme à l’œil quand j’ai vu tout le sang qui a coulé lorsque ma copine de soirée, la paille en plastique, fut retirée du nez d’une tortue de mer qui avait l’air de souffrir. Tant pis pour elle, après tout, ce n’est qu’un reptile dont l’espèce est menacée, qui va pleurer sa perte? Qui? Certainement pas moi. J’ai déjà bien trop pleurer pour ma paille. Elle s’est pourtant noyée, n’étant pas habituée à rester sous l’eau trop longtemps, juste à moitié, dans un verre à cocktail, pour faire joli… Je ne veux plus avoir accès à vos informations. Je ne veux plus voir des photos de cadavres de gens comme moi, trop petits pour se défendre face à tous ces dangers qui nous entourent.

Par contre, l’autre jour, au supermarché, le jour où vous m’avez utilisé pour la première fois pour acheter vos fruits, il y a eu quelque chose que je n’ai pas compris. Vous parliez avec votre amie, vous aviez l’air en colère contre vous-même. Vous ne sembliez pas me vouloir, mais vous m’avez pris quand même. Vous disiez avoir encore une fois oublié votre sac en coton pour faire vos courses. Sur le coup, je me suis réjoui, j’ai compris que j’allais rejoindre une partie de ma grande famille de sacs plastiques. Parce que c’est ce que je suis, c’est qui je suis, un sac plastique. Mais, attention, je ne suis pas n’importe quel sac en plastique, je suis biodégradable. Ce qui me donne une certaine légitimité, contrairement à d’autres de mes semblables. J’étais loin de m’imaginer finir dans la bouche de mon ami le sac poubelle même pas 10 minutes après être arrivé à la maison, ma nouvelle maison. Vous ne m’avez même pas donné la chance de côtoyer des gens comme moi, ceux qui sont rangés par dizaines dans votre placard, juste au cas où, seulement parce que vous avez oublié, trop souvent, votre sac en coton pour faire vos courses. Vous ne m’avez même pas donné de seconde chance, de seconde vie. Pourtant, moi, j’étais là pour vous, fidèle au poste, je vous ai aidé comme j’ai pu…

…LA MORALE À CETTE HISTOIRE…

Moi, ce que je comprends dans cette histoire, c’est que vous, les êtres humains, vous ne semblez jamais contents de ce que vous avez.

Vous nous avez créé, vous nous avez mis au monde, vous nous avez modifié pour que l’on corresponde encore plus à vos besoins et maintenant, vous nous le reprochez et vous nous rejetez. Enfin, heureusement pour nous, vous n’êtes qu’un petit nombre à réagir comme cela. Uniquement une petite partie de votre population se pose des questions et tente de faire changer les choses. Seulement peu d’entre vous ont compris qui nous sommes réellement. Vous nous avez développé, vous nous avez donné du pouvoir. Non seulement nous ne partirons pas, mais nous voulons plus. Nous sommes dans vos vies depuis trop longtemps, nous vous avons rendu dépendants et vous seriez bien incapables de revoir entièrement vos habitudes pour sauver votre environnement, pour vous sauver vous-mêmes. Nous avons même réussi à nous infiltrer dans votre corps, dans votre organisme. Vous nous avalez tous les jours et vous ne le savez même pas. Vous nous respirez tous les jours et vous ne le savez même pas. Et, je suis presque certain que la plupart d’entre vous ignorez mon histoire ainsi que mes composants. Sinon, qui de censé accepterait de vivre au milieu de particules de pétrole, lesquelles vous rendent malades au fil du temps et ne se trouvent qu’en défonçant votre sol, votre environnement, votre planète ?

L’élève a dépassé le maître, je suis Plastico, le sac plastique et je suis à la tête d’une armée qui vous détruit en silence, créée et financée par vous-même…

 

Mary Jane.


3 commentaires

isa · 26 novembre 2018 à 18 h 45 min

Quelle triste réalité et pourtant bien réelle.

    allezviensjtemmene@gmail.com · 29 novembre 2018 à 11 h 33 min

    Et oui… Cet article ne m’a malheureusement pas été trop difficile à écrire… J’avoue avoir eu peur après avoir vraiment réalisé que j’avais aussi de nombreuses mauvaises habitudes…

Pierre · 29 novembre 2018 à 21 h 43 min

le manque de réflexion engendre la facilité, enfin celle que nous pensons facile à notre cerveau, mais le trop supposé de bien fini par se transformer en mal et sans que nous nous apercevions. Sachons réfléchir et analyser les choses les plus simples que nous faisons machinalement pour trouver souvent des solutions évidentes et logiques pour des effets positifs d’une grande portée écologique.

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